lumières

Nous avons bien un futur et un passé, mais le futur a la forme d’un cercle en expansion dans toutes les directions et le passé n’est pas dépassé, mais repris, répété, entouré, protégé, recombiné, réinterprété et refait.

Bruno Latour

Avec la présence de Voltaire dans la région, le XVIIIe siècle a connu un moment charnière dans l’histoire des idées en France et en Europe. Son nom est souvent utilisé par des enseignes commerciales de toutes sortes, mais on ne peut pas dire qu’il inspire beaucoup les politiques publiques : untel se souvient avoir un jour lu Candide, un autre incite à cultiver son jardin, un troisième invoque de temps en temps l’existence du Traité sur la Tolérance, et c’est à peu près tout.
Ce ne sont pourtant pas les sujets de réflexion qui manquent. Au moment où Salman Rushdie est poignardé au nom de la religion, ne peut-on vraiment rien faire des engagements de Voltaire en faveur de Calas et du Chevalier de La Barre ? Voltaire n’a-t-il pas écrit De l’horrible danger de la lecture ? Au moment où se développent partout les inégalités les plus absurdes et révoltantes, ne se souvient-on pas qu’il a défendu la cause des serfs du Mont-Jura ? Au moment où on assiste à une mise en question de la vaccination, ne peut-on vraiment rien faire de ses positions sur l’inoculation de la variole ? Au moment où se libère la parole sur le harcèlement et le viol, n’y a-t-il vraiment rien à faire de la querelle rocambolesque entre le Curé de Moëns et l’écrivain ? Au moment où la notion de progrès exhibe ses impasses, n’a-t-on rien à dire sur l’entrepreneur qui a asséché les marais, introduit les éléments d’une agriculture moderne, installé des fabriques de montres et de bas de soie ? Et, last but not least, n’y-a-t-il vraiment rien à faire de son oeuvre littéraire, philosophique et théâtrale dont une grande part à été écrite ici ?
La référence à Voltaire ne signifie évidemment pas qu’il soit transformé en saint devant lequel il conviendrait de se prosterner quotidiennement. Au contraire, le dialogue avec lui doit être vivant, contradictoire, critique, sans concession. Mais dans son sillage, ce sont les Lumières tout entières qui s’invitent dans le débat, que l’on pense à Swift, Goldoni, Diderot, bien sûr Rousseau et combien d’autres. Les exemples abondent de noyaux de réflexion qui peuvent être traduits, pensés, ré-élaborés dans un va et vient entre les époques, à travers le cinéma, la musique, le théâtre, la philosophie, la littérature, les arts plastiques, la danse, le chant, la poésie…
Compte tenu des crises dans lesquelles nous sommes collectivement embarqués et des échéances qui nous attendent, ce débat, ces croisements, ces résonances ne sont-ils pas aujourd’hui nécessaires, indispensables, urgents ?

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