Thespis, les jours heureux

DIDEROT j'attend toujours théatre

Production Compagnie FOR (FR)

En partenariat avec  

le labo theatre

 

Soutien Ville de Ferney-Voltaire

Il y a un peuple qu’on croise rarement, qu’on voit à peine, qui ne vient jamais, aller vers lui exige un geste et implique un recentrement. Ce nomadisme, à l’origine de la marmite et de FOR, rencontre aujourd’hui une nouvelle urgence et donne naissance à un projet, à la fois ambitieux et modeste : Thespis.

ECHANGES
Considérant que nombre d’habitants ne fréquentent pas les lieux culturels établis, la compagnie transfrontalière FOR – avec le concours de l’association La Marmite – décide de créer une scène mobile, légère et souple afin d’aller à leur rencontre et d’établir avec eux des relations artistiques et culturelles renouvelées.
La collaboration entre nos deux associations dit d’emblée que notre action s’inscrit naturellement dans l’espace du Grand Genève.
Au moyen d’une camionnette-épicerie comme on en trouve sur les marchés, une équipe de cinq intervenants circulera dans toute la région lémanique pour proposer des performances théâtrales et musicales d’une cinquantaine de minutes en plein air, sur les places publiques, dans les parcs comme dans les cours d’immeuble, du mois de juin au mois de septembre.
Afin de valoriser l’inventivité et la solidarité des citoyens, semaine après semaine, notre collectif se fera également le relai de leurs aspirations, l’écho de leurs productions et autres doléances poétiques.
L’horizon d’égalité et d’émancipation, au fondement de la Compagnie FOR comme à celui de La Marmite, relie ce projet à l’héritage des Lumières dont Genève porte de si nombreuses et importantes traces.

TOILE
Notre proposition trouve sa source loin de nous et près de nous.
Loin dans le temps et la géographie avec ce Thespis qui lui donne son nom. D’après Diogène Laërce, il serait le premier poète tragique – célébré pour avoir rénové le jeune théâtre occidental en ajoutant un acteur – le protagoniste – au chœur (collectif symbolisant la Cité). Ce, au VIe siècle avant notre ère.
Nous inspire particulièrement la légèreté des moyens convoqués dans ces mythiques représentations : l’anecdote, rappelée par Horace, nous montre Thespis traversant l’Attique, circulant sur une sorte de roulotte avec son léger matériel, quelques hardes et promenant ainsi ses poèmes dramatiques sur un chariot de bois.
Deux mille cinq cents ans plus tard, c’est à cette humble chrysalide du théâtre, à ce théâtre premier, charnel, évident et ludique, que notre intention nous ramène.
Une deuxième inspiration tient à un tout autre artiste, plus près de nous : le Crieur de la Croix-Rousse. Quartier historiquement laborieux et révolutionnaire de Lyon, la Croix-Rousse est devenue le théâtre d’un crieur lui aussi promenant son pupitre mobile pour deviser avec les badauds, faire entendre ici un vers, là une chansonnette, donner la parole à d’autres, évoquer la vie concrète du quartier, permettre des coups de main pratiques et augmenter la sociabilité de la place.
Troisième source, enfin : « Face à la situation qui s’aggrave, sommes-nous acteurs ou citoyens ? » Telle était la question que nous adressaient, il y a une dizaine d’années, François Chattot, Jean-Louis Hourdin, Christian Jehanin et Martine Schambacher, qui promenaient leur camionnette de villes en villages à travers la France, leur « petite université poétique et politique ambulante ». Et si on s’y mettait tous ! – titre de leur spectacle réalisé en Bourgogne – reprenait la mobilité de Thespis, son humilité technique et répondait à notre inapaisable besoin de spiritualité, de justice et de récit. Notre camionnette sera donc, comme la leur, « le petit camion du récit ».

TRAVERSÉES
Intitulé Les Jours heureux, le premier programme proposé à l’enseigne de Thespis fera une large place à l’esprit voltairien, aux Lumières et au désir d’émancipation – hier et aujourd’hui.
Nous travaillerons donc des textes de Voltaire révélant cette forme d’hétérotopie que constitua Ferney, mais aussi ceux de Rousseau, Diderot, Lessing, Büchner, Baudelaire, Maïakovski, Brecht, Césaire, Pasolini, Levin, etc., en ne renonçant pas à porter une parole originale et circonstancielle.
S’ajouteront à ces adresses poétiques celles que produiront les habitants des quartiers auxquels nous nous adressons : textes brefs, chansons, sollicitations diverses, etc.
Animé par une équipe franco-suisse, Thespis irriguera des lieux publics et des quartiers populaires – de part et d’autre de la frontière – avec trois objectifs :
y porter du jeu, des lectures, des chansons, de la musique, projetant à l’occasion quelques courts-métrages ou extraits de films, des photographies, des œuvres plastiques.
y insuffler un esprit d’entraide, suivant la philosophie DIY – Do it yourself
développer le pouvoir d’agir des citoyennes et citoyens : en se faisant ludiquement l’écho de demandes de logement, de petites annonces, d’objets (habits, petit mobilier, etc.) à vendre ou donner.

Ces traversées se dérouleront entre juin et septembre 2022. Et pourraient se renouveler les années suivantes.